LE DÉBUT DIFFICILE

Sarah Breedlove naît en 1867 à Delta, un village de la paroisse de Madison. Fille d’anciens esclaves,
 elle est le premier enfant de la famille né après la proclamation d’émancipation. Après avoir perdu ses parents, elle vit à Vicksburg, Mississippi, avec sa sœur aînée. À l’âge de quatorze ans, elle épouse un ouvrier, Moses McWilliams, qui meurt en 1887.
Malgré son manque de formation, la jeune femme doit subvenir aux besoins de leur fille Lelia, née deux ans plus tôt.
Elle remonte le Mississippi et s’établit à Saint-Louis, Missouri, où elle exerce le métier de blanchisseuse et suit des cours du soir. Elle y rejoint ses frères Alexander, James et Solomon, devenus barbiers. Elle fréquente l’église méthodiste St. Paul, ce qui lui permet de côtoyer les membres de la bourgeoisie noire locale.

Dans les années 1890, elle commence à souffrir d’une maladie du cuir chevelu qui lui fait perdre tout ses cheveux. Peu importe les produits qu’elle utilisait rien n’arrivait à stopper leur chute. Ayant honte de son apparence, elle prie pour trouver une solution. Lors d’un rêve, l’idée de créer un produit avec certains ingrédients venant d’Afrique, mélangés à du sulfure et du petroleum lui est apparue. Après plusieurs applications, elle constate que ses cheveux commencent à repousser plus vite qu’ils n’étaient tombés. Ravie du résultat de sa pommade, elle décide de développer son shampoing végétal.

En 1905, Sarah déménage à Denver, puis épouse son troisième mari, Charles Joseph Walker, un journaliste de St. Louis. Après avoir changé son nom en «Madame C. J. Walker », elle fonde sa propre entreprise dont les premières fabrications s’effectuent dans sa cuisine, et commence à vendre son Wonderful Hair Grower by Madame Walker.

Soit dit en passant, Madame Walker n’a pas inventé le peigne lissant ou les permanentes chimiques, comme beaucoup de gens le croient.


DE L’ENTHOUSIASME À LA RÉUSSITE

Fière de ses résultats remarquables, elle partage avec enthousiasme son mélange avec d’autres personnes ayant des maladies similaires.
 En 1906, Madame Walker commence à voyager à travers les Etats-Unis, les Caraïbes dans une croisade vertigineuse pour promouvoir sa nouvelle gamme de produits pour cheveux. Elle effectue du porte à porte de particuliers, aux églises et conciergeries. Puis elle s’installe à Pittsburgh en 1908, où elle ouvre une école de beauté : l’Université Leila et y forme les femmes à devenir des commerciales, ce qui leur permettaient d’avoir une indépendance financière. Deux ans plus tard, elle se base à Indianapolis et construit la plus grande usine de fabrication du pays, un salon de manucure et une autre école de formation.

En 1911, elle écrit dans un livret promotionnel « j’ai de plus en plus créé une place pour le soin des cuirs chevelus et les cheveux. Après l’utilisation durant une année sur moi-même et d’autres, je suis devenue tellement convaincue de ses mérites que j’ai décidé de voyager et de le placer à porter de mains de milliers de personnes à Denver, au Colorado, où j’ai établi mes méthodes »

1917 marque un tournant, Madame Walker rassemble ses « Beauty Culturists » lors d’une convention à Philadelphie. Plus de 200 femmes se réunissent pour en apprendre davantage sur les ventes et le marketing.
C’est l’une des premières rencontres nationales de femmes d’affaires dans le pays. C.J. Walker donne alors des prix et de l’argent aux femmes ayant vendu le plus de produits. Mais elle récompense également les femmes ayant le plus contribué à la charité dans leurs communautés afin d’encourager leur activisme politique.


LA LUEUR DU SUCCÈS

Ténacité et persévérance, foi en elle-même et en Dieu, des produits de qualité et des relations d’affaires honnêtes… Tous ces points étaient les éléments et les stratégies qu’elle prescrivait aux aspirants entrepreneurs qui souhaitaient connaitre le secret de son ascension à la richesse.

Madame C.J. Walker est décédée d’hypertension le 25 mai 1919, à l’âge de 51 ans, dans sa résidence familiale qu’elle avait construite à Irvington-sur-Hudson, New York. Au moment de son décès, Walker était propriétaire unique de son entreprise, qui était évaluée à plus d’un million de dollars. Sa fortune personnelle était estimée entre 600 000 $ et 700 000 $.

Aujourd’hui, Madame C.J. Walker est grandement reconnue comme l’une des premières femmes noires américaines à devenir millionnaire, une philanthrope et une militante politique et sociale.

Par Monica Bibalou