Sophie Mizrahi Rubel

…L’émotion que procure un bijou est aussi forte pour celui qui l’offre que pour celle qui le reçoit. »

 

De ce que je comprends, les bijoux ont été mis de côté pendant de nombreuses années. Quel a été le déclic qui vous a poussé a relancer l’entreprise familiale ? Qu’est ce qui vous a poussé à redonner vie à l’entreprise familiale ?
C’est tout d’abord une saga familiale qui a débuté à Paris en 1915, lorsque les oncles de mon grand-père, Marcel Rubel, sont arrivés en France et ont ouvert leur premier atelier de Haute joaillerie. Lorsque les 2 frères ont décidé de s’arrêter, mon grand-père a préféré se développer dans le négoce de diamants et cesser l’activité de joaillier. Il est d’ailleurs devenu un des grands acteurs de ce métier et j’ai eu le grand privilège qu’il me forme, aux cotés de ma mère, au négoce des pierres précieuses. Mais il a toujours raconté l’histoire de ses oncles pour lesquels il avait une grande admiration, tant leurs créations ont marqué leur époque. Pour ma part, après avoir été formée par l’entreprise familiale, j’ai pris mon envol et j’ai travaillé au service des grands noms de la joaillerie internationale. Après plus de 20 ans, j’ai décidé de voler de mes propres ailes et c’est une histoire d’amour qui a donné l’impulsion de réveiller la Belle endormie familiale, dont je suis l’héritière.


D’après mes recherches, vous êtes joaillière. Êtes vous également gemmologue ?

J’ai effectivement fait des études de gemmologie, mais je dirais que ce sont les années de travail qui m’ont permis de réellement bien connaître les pierres. D’abord formée par mon grand-père aux diamants, par ma mère aux pierres de couleurs, puis en achetant pour les grandes maisons de la Place Vendôme, pour lesquelles j’ai travaillé pendant de nombreuses années.

Quels sont les critères qui vous aident à choisir les pierres pour vos bijoux ? Avez-vous des pierres et des matériaux de prédilection ?
Le principal critère est le coup de foudre pour une pierre. Peu importe son prix. C’est une subtile alchimie de différents ingrédients, rationnels et moins rationnels !


Ou trouvez-vous l’inspiration pour créer une nouvelle collection ?

C’est tout d’abord un travail sur soi. S’obliger à se détoxifier de la frénésie du quotidien, des sollicitations, des obligations. Se mettre dans une sorte de bulle, se conditionner pour rêver et imaginer. Bien évidemment, l’éloignement de son lieu de vie favorise cet état d’esprit. C’est comme se plonger dans une sorte d’état de méditation, de contemplation et aussi de refléxion.


Comment arrivez vous à concilier la qualité des bijoux que vous créez avec le prix ? Comment la maison John Rubel se positionne-t-elle sur le marché de la Haute Joaillerie ?

Je fais strictement le contraire de ce que j’ai fait pendant des années en travaillant pour les autres ! Tout simplement parce que le positionnement de cette première collection qui célèbre le centenaire de la Maison, se veut Haute Joaillerie. Je n’ai pas eu besoin de rationaliser les coûts de matière ou de main d’œuvre. En revanche, dès que vous souhaitez produire des pièces plus accessibles, vous devez créer avec une machine à calculer ! John Rubel revient dans le paysage de la joaillerie avec le positionnement que ses fondateurs lui avait donné : créativité, qualité et audace. Un retour marqué par un vent de liberté propre à John Rubel, ainsi qu’à une identité forte.


Comment voyez vous la maison John Rubel dans 5 ans ? Avez vous des projets actuellement pour le développement de l’entreprise ?

Mon souhait est que l’entreprise se développe à l’international, car nos clients sont internationaux. Nous souhaitons avancer progressivement et le plus important, en mettant l’humain au cœur du projet.


Comment voyez vous l’avenir de la Haute joaillerie dans les prochaines années ? Quels sont pour vous les challenges auxquels elle doit faire face ? Sur le plan gemmologique ? Sur le plan des consommateurs ?
La Haute joaillerie a une autoroute devant elle ! Les chiffres montrent qu’il y a de plus en plus de UINWI. Les grandes marques représentent 12% du marché mondial et déploient d’énormes moyens pour continuer à capter leur clientèle. Dans le même temps, le mode de consommation vit un grand chamboulement et laisse de la place aux petites Maisons de luxe qui attirent par leur coté exclusif, une clientèle désireuse également de nouveautés et de moins en moins fidèle.
Du point de vue des pierres, une certaine catégorie d’entre elles se fait de plus en plus difficile à trouver. Les pierres exceptionnelles trouvent plus facilement preneurs que les pierres plus courantes. Quant au consommateur, il doit bien évidemment être totalement rassuré par la traçabilité du bijou, par les matières qui le composent. Il est de mieux en mieux informé et connaisseur.


Quels conseils donneriez vous à des jeunes entreprises qui se lancent dans le milieu de la joaillerie ?

Tout d’abord je dirais qu’il faut avoir à son bord de véritables experts et une véritable vision.


Selon vous, est ce que le fait d’être une femme est un plus dans ce milieu ?

Un plus ?! Je ne crois pas, non. C’est à la base un milieu d’hommes misogynes où peu de femmes se sont fait une place. Mais heureusement c’est en train d’évoluer et de plus en plus de femmes parviennent à des postes de grande responsabilité. Après tout, ne sommes nous pas celles à qui les bijoux sont destinés ? Qui mieux qu’une femme peut savoir ce qu’elle souhaite porter ? Mais l’émotion que procure un bijou est aussi forte pour celui qui l’offre que pour celle qui le reçoit.

Par Stéphanie GUITTONNEAU

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