Nous passions d’une vie plutôt bourgeoise en Afrique à une vie prolétaire en France… « 

 

Vous avez récolté une somme importante lors des 15 ans de Maïsha Africa, comment allez-vous vous en servir ?
Nous allons transformer le centre d’accueil pour enfants de Gisimba, au Rwanda, en école. Ce lieu fût autrefois un orphelinat, reconnu par les autorités comme mémorial du génocide, car Monsieur Gisimba (Le père de l’actuel directeur) a sauvé des familles et leurs enfants en les cachant dans les plafonds de son orphelinat. Depuis que mon association existe nous avons régulièrement apporté de l’aide à cet orphelinat en faisant dons de vivres, de vêtements pour les orphelins etc…
Ce rêve est possible grâce aux partenaires du dîner d’anniversaire de Maïsha Africa organisé en septembre dernier, dans les merveilleux salons du Pavillon Cambon, les groupes HAVAS et RENAULT, mon parrain Yannick Bolloré et évidement tous les donateurs durant la soirée. Merci aussi à la Fédération Française de Basket-Ball qui va financer le terrain multisports de l’école de Gisimba.

Vous ne bénéficiez d’aucune aide de l’état, est-ce toujours le cas ? Si oui, quel est votre point de vue sur ce sujet ?
Nous n’avons que des dons privés. Le Rwanda n’est plus un pays de la Francophonie, il fait partie désormais du Commonwealth.

Y a-t-il des choix que vous regrettez dans votre parcours, si oui lesquels ?
Je ne regrette rien car j’ai grandi de toutes mes expériences difficiles. J’en tire toujours une leçon. Vous savez, à vrai dire, j’ai quand même vécu plus de choses positives depuis Miss France que de mauvaises expériences.

La médiatisation peut-être difficile à gérer pour certains, comment la vivez-vous ?
Je l’ai toujours vécue avec beaucoup de recul. Il est vrai que j’ai plongé dans la lumière à seulement 18 ans ce qui fragilise considérablement l’esprit, car tout devient accessible…
Il faut avoir la capacité de faire de bons choix. J’ai vite pris conscience des dangers. J’ai échappé à pas mal de tentations néfastes mais aussi parce que je ne sors jamais seule et souvent entourée de mes cousins, cousines, amis de longue date. De gens bienveillants. C’est un rempart.

Quel rapport avez-vous avec la presse people ?
Il faut avouer que ce n’est pas toujours agréable d’être exposé à notre insu. Je ne suis pas procédurière, en revanche je ne tolère pas les mensonges, la calomnie ou l’exposition de mes enfants à visage découvert. C’est à eux de décider. Si la question se posait ce serait en concertation avec eux. Moi j’ai choisi un métier d’exposition donc parfois je serre les dents. Mais sincèrement je ne me sens pas harcelée. Je pense que j’ai une vie plutôt calme pour ce genre de presse (rire).

Vous êtes maman de 2 petites filles, quelle genre de femmes aimeriez-vous qu’elles deviennent ?
Des femmes libres, respectueuses des belles choses que la vie leur offre. Des femmes instruites avec un libre arbitre, curieuses des autres, ouvertes au monde. Tess (9 ans) et Kahina (6 ans) visitent beaucoup de musées, voyagent pas mal pendant les vacances. Nous allons au Rwanda pour qu’elles connaissent leur racines africaines. Je suis très soucieuse de la transmission. Ce qu’on leur laisse comme savoir. Nous échangeons beaucoup. Je tiens à leur offrir une vie structurée malgré nos métiers très prenants, mon compagnon et moi.

L’écriture est aussi une des cordes de votre arc, comment cela est-il venu ?
Ca l’a toujours été. Déjà petite j’écrivais beaucoup dans de nombreux cahiers qui s’entassaient dans ma chambre. C’était un exutoire. Aujourd’hui j’écris des histoires pour les mettre en image. C’était un rêve secret car durant mon parcours après Miss France, j’avais développé ce syndrome de l’imposteur qui consiste à croire que nous ne sommes pas légitimes dans le domaine dans lequel nous évoluons. C’est souvent le cas chez les jeunes issus d’un milieu social modeste et qui évoluent dans des sphères disons élitistes. Ma vie est faite de rebondissements, de changements de décors sociaux suite au départ du Burundi en 1994, que nous avions rejoint en 1990 à cause de l’instabilité politique du Rwanda où je suis née. Nous vivions prospères jusqu’à ce que le Rwanda plonge dans l’enfer du génocide. Vivre au Burundi n’était pas sécurisant pour ma mère rwandaise. Mon père nous a envoyés en France, près de sa mère à Cluny, en Bourgogne. Notre arrivée fût difficile, avec seulement une valise, dans un HLM, une nouvelle culture et avec des ambitions restreintes surtout pour ma mère dont on ne reconnaissait pas le cursus universitaire. Nous étions la seule famille de noirs dans cette petite ville de 5000 habitants. Mon père, lui, après avoir perdu son imprimerie au Burundi, a trouvé un emploi de tourneur fraiseur de quoi nous faire vivre décemment. Nous passions d’une vie plutôt bourgeoise en Afrique à une vie prolétaire en France… Tout ceci a nourri une rage qui sommeillait en moi. Mais aucune forme de complexe car mes parents nous apprenaient à mon petit frère et moi, à ne jamais renoncer. J’avais envie de raconter mon expérience.

Vous préparez un long métrage produit par Dominique Farrugia, pouvez vous nous en dire davantage ?
Autour d’un déjeuner, Dominique a écouté avec beaucoup d’attention le récit de mon parcours un peu avant Miss France. Pour lui il était important de raconter cette histoire qu’on peut qualifier de success story «Made in France». Il a ensuite vu mon court-métrage «Une vie ordinaire», car je tenais à ce qu’il puisse m’envisager comme réalisatrice de cette histoire. Ça l’a convaincu !
Je travaille aujourd’hui avec mon co-auteur Emmanuel Poulain Arnaud. On s’inspire de mon récit tout en gardant une liberté d’adaptation pour raconter le destin d’une jeune femme qui va devenir Miss France alors que rien ne la prédestinait à ça. Je mesure la chance qu’est la mienne de pou- voir en faire un film aujourd’hui !

Qui selon vous représente la femme Diva par excellence ?
Ma mère. Elle est digne, résiliente, cultivée et n’oublie jamais d’être coquette !


Par Alicia Fall

Retrouvez l’interview en intégralité deSonia ROLLAND sur notre site internet www.fdfparis.com